Un Dimanche à Limours
Que fait-on ? Non, on ne vote pas. L’avantage d’être dans une petite ville, c’est que les ambitions politiques sont moins voraces. Nous n’avions donc que 2 candidats pour les municipales, et 3 pour les cantonales. Un tour a suffit, nous laissant profiter du dimanche suivant bien tranquillement.
Nous espérions profitez d’un temps clément pour faire du jardinage, ou pourquoi pas aller visiter un château (dans le coin, y’a l’embarras du choix). Hélas, le temps était tout sauf clément. On a connu pire mais ça donnait quand même pas envie de mettre le nez dehors. Nous nous sommes contentés d’aller au marché acheter tout plein de légumes (5 fruits et légumes par jour, vous vous souvenez ?). En ce moment, ce sont les ptits nouveaux qui sortent : Carottes nouvelles, oignons nouveaux, navets nouveaux… Tous petits, tous mimis et … casse-pieds à éplucher ! Pas grave, ça fera joli dans l’assiette. La semaine prochaine, je repasserai aux vielles carottes et pommes de terre, qu’en plus je tacherai de faire éplucher par mon gentil mari, histoire de me reposer un peu.
Oui, me reposer. Certains pensent que rester à la maison, c’est déjà se reposer. Que nenni ! Y’a plein de trucs à faire à la maison… Les corvées ménagères, les loisirs, le bébé à s’occuper, la cuisine à faire,… J’ai d’ailleurs appris que j’appartenais à une nouvelle catégorie en feuilletant les listes des candidats pour les municipales de Boulogne-Billancourt. Exit la ménagère de moins de 50 ans, exit la femme/mère au foyer, trop ringard et dévalorisant ! Nous sommes passés de la caissière à l’hôtesse de caisse, et bien voilà que je deviens « HOME MANAGER ». Non non, ce n’est pas une blague, sur les listes municipales vous pouviez lire « tartenpionne, 37 ans, 4 enfants, Home Manager ».
Déjà, faudra m’expliquer l’intérêt d’avoir recours à l’anglais. A mon souvenir, toute ma famille parle le français, et les anglophones se comptent sur les doigts d’une main. Et les seules personnes à qui j’ai à expliquer ma situation « professionnelle » sont : la sécu, la caf, la mutuelle, … Et je ne m’amuserais pas à écrire « home manager » dans la petite case, j’image que trop bien les longs mois d’explications qui s’en suivraient, de mails en courriers « Mme, nous avons le regret de vous annoncer que « home manager » ne correspond à rien dans nos registres, veuillez nous donner vos 3 derniers bulletins de salaires afin que nous puissions réévaluer votre situation ». Passez moi un doliprane d’avance.
Non vraiment, je n’ai pas l’impression d’être un manager. Déjà, quand j’écoute mon mari parler des managers de son entreprise, je me dis qu’un manager est à 75% incompétent, et 25% crâneur. Oh, il y a forcément quelques exceptions à la règle… Et ensuite, ses managers ont un salaire ahurissant, et si j’avais un salaire pareil, sincèrement, je ne vois vraiment pas pourquoi je ferai le ménage, la cuisine… Je prendrai quelqu’un pour le faire à ma place ! J’aurais une femme de ménage, une cuisinière, un jardinier, une nounou… quoique oui, je deviendrai manager de ma « Team ».
Mais je ne m’y vois vraiment pas. Je préfère user et abuser des privilèges de la grossesse. Le docteur a dit de ne pas trop forcer, alors je me repose. Il a dit de ne pas trop porter le bébé, à François de s’y coller. Changer le bébé est un problème aussi, Cyto mégalo virus oblige… donc quand la couche de Gabrielle se fait odorante, et que son père est dans les parages, je fais l’impasse. Une nouvelle étude médicale dit que les vapeurs des produits ménagers sont mauvais pour la femme enceinte et le nourrisson, donc je fais aussi l’impasse sur le gros ménage, laissant ce bonheur à mon cher et tendre mari. En fait je suis pas Home Manager, mais François Manager. Je lui dis quoi faire, quand, comment… Mais je suis polie ! je ne lui donne jamais d’ordres. « Est-ce que tu pourrais ? » « si tu as le temps veux-tu bien ? » « Merci » « C’est gentil… ». Et François il est gentil, il fait tout et il ne se plaint pas (trop). Peut-être car il sait que j’ai pas un salaire indécent pour ne rien faire ? Je ne fais rien, et je ne gagne rien non plus. Au moins, c’est réglo.
Toujours est-il que je ne suis pas un « home manager » mais bel et bien une mère au foyer : je suis mère, et au foyer, et faut bien avouer qu’en ce moment je ne fais vraiment pas grand-chose d’autre. Et j’aurais toujours une bonne excuse, soufflée dans le creux de mon oreille par mon long poil dans la main pour n’être que mère au foyer, et pas une active Home Manager, dirigiste et prétentieuse.
Alors un dimanche à Limours, c’est journée repos où moins j’en fais, mieux je me porte. Je m’autorise quelques loisirs, mais les corvées, non. Avant j’étais très « Mademoiselle paresse à Paris » (chanson de Bénabar), là c’est plutôt « Madame se repose à Limours » en ce dimanche pluvieux, où Gabrielle fait des grasses mat (8h30, au moins !), où Velvet refuse de mettre la truffe dehors et où François fait… tout le reste.